Le 30 octobre 2018, la France promulgue la loi pour l'Équilibre des Relations Commerciales dans le Secteur Agricole et Alimentaire et une Alimentation Saine, Durable et Accessible à Tous, plus connue sous le nom de loi EGalim. Ce texte ambitieux, qui vise à transformer en profondeur le système alimentaire français, concerne aussi bien la grande distribution que la restauration — y compris les food trucks. Avec 1 200 à 1 500 camions en activité sur le territoire, le secteur de la restauration ambulante est en pleine structuration et doit désormais intégrer ces nouvelles exigences.
Au-delà de la loi EGalim, l'année 2018 marque un tournant pour la profession. L'émergence des premières franchises de food trucks, la montée en puissance du segment gastronomique, l'implantation dans les centres commerciaux et les parcs d'activités, ainsi que la prise de conscience environnementale transforment un marché jadis artisanal en un secteur économique structuré. Décryptage des enjeux de cette année charnière pour la restauration ambulante française.
Loi EGalim : les mesures qui concernent la restauration ambulante
La loi n° 2018-938 du 30 octobre 2018, dite loi EGalim, est issue des États généraux de l'alimentation organisés en 2017. Elle poursuit deux objectifs majeurs : garantir une juste rémunération des agriculteurs et promouvoir une alimentation saine, durable et accessible. Si le texte vise principalement la restauration collective publique, plusieurs de ses dispositions impactent directement ou indirectement les food trucks.
La mesure la plus emblématique impose que, d'ici le 1er janvier 2022, au moins 50 % des produits servis en restauration collective publique soient issus de démarches durables ou de qualité (Label Rouge, AOC, HVE, commerce équitable), dont au moins 20 % de produits biologiques. Les food trucks qui travaillent pour des collectivités — cantines d'entreprises publiques, événements municipaux, marchés de plein vent subventionnés — doivent anticiper cette exigence dans leur politique d'approvisionnement.
La loi EGalim comporte également des dispositions sur la réduction du gaspillage alimentaire. Les restaurateurs — food trucks inclus — sont encouragés à proposer le doggy bag à leurs clients pour les restes non consommés. Cette mesure, devenue obligatoire au 1er juillet 2021, incite les exploitants de food trucks à repenser leur logistique d'emballage et à proposer des contenants adaptés à l'emport.
Enfin, le texte programme l'interdiction progressive des contenants alimentaires en plastique à usage unique. Gobelets, couverts, pailles et touillettes en plastique sont interdits depuis le 1er janvier 2020. Pour les food trucks, dont l'activité repose entièrement sur la vente à emporter, cette mesure représente un changement logistique majeur : passage aux emballages en carton kraft, aux couverts en bois, aux gobelets en amidon de maïs ou en bagasse de canne à sucre.
1er janvier 2020 : interdiction des gobelets, verres et assiettes en plastique. 1er janvier 2021 : interdiction des pailles, couverts et touillettes en plastique. 1er juillet 2021 : obligation de proposer un doggy bag. 1er janvier 2022 : 50 % de produits durables (dont 20 % bio) en restauration collective publique.
Un secteur qui se professionnalise : formations et franchises
L'année 2018 marque un cap décisif dans la professionnalisation du marché du food truck en France. Le temps des pionniers autodidactes cède progressivement la place à une génération d'entrepreneurs mieux formés et mieux accompagnés. Plusieurs signaux témoignent de cette maturité croissante.
Les formations spécialisées en gestion de food truck se multiplient. Des organismes de formation professionnelle proposent désormais des cursus dédiés couvrant la gestion financière, la réglementation sanitaire, le marketing digital et l'optimisation des emplacements. Ces programmes, souvent éligibles au Compte Personnel de Formation (CPF), permettent aux porteurs de projets de structurer leur activité dès le démarrage et d'éviter les erreurs courantes des premières années.
Autre signe de structuration : l'apparition des premières franchises de food trucks en France. Ce modèle, bien rodé dans la restauration traditionnelle, commence à s'adapter aux spécificités de la restauration ambulante. Les franchises proposent aux franchisés un concept clé en main — recettes standardisées, identité visuelle cohérente, accès à un réseau d'emplacements négociés — en échange d'un droit d'entrée et de redevances. Ce format séduit les entrepreneurs qui souhaitent bénéficier de la notoriété d'une marque établie tout en conservant l'autonomie du statut d'indépendant.
La street food devient aussi un sujet de premier plan lors des salons professionnels. Le Sirha (Salon International de la Restauration, de l'Hôtellerie et de l'Alimentation), qui se tient à Lyon, consacre désormais un espace dédié à la restauration ambulante. Cette visibilité dans le plus grand salon européen de la restauration confirme que le food truck n'est plus un phénomène marginal mais un segment à part entière de l'industrie alimentaire.
| Année | Nombre estimé de food trucks | Événement structurant |
|---|---|---|
| 2011 | < 10 | Lancement du Camion qui Fume à Paris |
| 2014 | ~750 | Mention « fait maison » — Boom du secteur |
| 2016 | ~1 000 | Premières structurations professionnelles |
| 2018 | 1 200–1 500 | Loi EGalim — Premières franchises — Sirha |
Évolution du marché food truck en France (2011-2018)
Le food truck gastronomique et les niches culinaires en 2018
Le segment du food truck gastronomique prend une ampleur nouvelle en 2018. Des chefs formés dans de grandes maisons quittent leurs cuisines étoilées pour monter dans un camion et proposer une cuisine de qualité dans la rue. Thai, japonaise, mexicaine, péruvienne : les cuisines du monde s'invitent sur les trottoirs français avec un niveau d'exigence qui n'a rien à envier aux restaurants traditionnels.
Cette montée en gamme répond à une demande croissante des consommateurs urbains. En 2018, le client type du food truck n'est plus seulement un salarié pressé en pause déjeuner : c'est aussi un amateur de gastronomie curieux, prêt à faire la queue pour découvrir un nouveau concept culinaire. Le ticket moyen augmente en conséquence, passant de 8-10 euros pour un food truck classique à 12-18 euros pour les concepts gastronomiques. Cette élévation du panier moyen améliore la rentabilité des exploitants et justifie des investissements plus importants dans l'aménagement du véhicule.
Parallèlement, des niches culinaires se développent autour de tendances sociétales fortes. Le food truck végétarien et vegan attire une clientèle en quête d'alternatives aux protéines animales. Les concepts centrés sur le sans gluten répondent aux besoins des personnes intolérantes. Les food trucks spécialisés dans les produits bio et locaux capitalisent sur l'engouement pour les circuits courts, un positionnement que la loi EGalim vient renforcer.
« En 2018, le food truck n'est plus un simple camion qui vend des sandwichs. C'est un laboratoire culinaire mobile, un espace d'innovation gastronomique qui repousse les frontières de la cuisine de rue. »
Des centres commerciaux aux parcs d'activités : de nouveaux territoires
L'un des phénomènes marquants de 2018 est l'implantation croissante des food trucks dans des lieux inédits. Les centres commerciaux commencent à intégrer des food trucks à leur offre de restauration, en leur réservant des emplacements sur les parkings ou dans les zones extérieures. Pour les centres commerciaux, l'intérêt est double : diversifier l'offre alimentaire et créer un flux de visiteurs supplémentaire en attirant une clientèle qui n'aurait pas spontanément fréquenté la galerie marchande.
Les parcs d'activités et zones de bureaux représentent un autre territoire de conquête. Dans les zones tertiaires souvent dépourvues de restaurants, les food trucks comblent un vide en proposant une offre de déjeuner variée et de qualité. Certaines entreprises passent même des contrats avec des opérateurs de food trucks pour garantir une présence régulière sur leur parking, offrant ainsi un service supplémentaire à leurs salariés.
Ce déploiement géographique s'accompagne d'une évolution du modèle économique. Les food trucks ne se contentent plus de tourner d'emplacement en emplacement : ils deviennent des fixtures semi-permanentes dans des écosystèmes commerciaux établis. Cette sédentarisation partielle offre une plus grande prévisibilité du chiffre d'affaires, tout en conservant la flexibilité inhérente au format mobile. Pour ces implantations, disposer d'un véhicule aménagé aux normes est indispensable, car les exploitants de centres commerciaux exigent un niveau de finition et de conformité élevé.
En 2018, les food trucks les plus rentables combinent trois à quatre types d'emplacements : marchés de plein vent, zones de bureaux en semaine, événements privés le week-end et implantations semi-permanentes en centres commerciaux. Cette diversification réduit la dépendance à un seul flux de clientèle et lisse les variations saisonnières.
Développement durable : les food trucks montrent l'exemple
La loi EGalim s'inscrit dans un mouvement plus large de prise de conscience environnementale qui touche l'ensemble de la restauration en 2018. Les food trucks, par leur format agile et leur proximité avec les producteurs locaux, sont particulièrement bien positionnés pour incarner cette transition.
L'approvisionnement en circuits courts devient un argument commercial majeur. De plus en plus de food trucks affichent fièrement le nom de leurs fournisseurs locaux — maraîchers, bouchers, fromagers — sur leur carte ou sur le habillage extérieur du véhicule. Cette transparence, encouragée par l'esprit de la loi EGalim, répond à une attente forte des consommateurs : selon un sondage OpinionWay de 2018, 76 % des Français déclaraient vouloir connaître l'origine des produits qu'ils consomment.
La réduction du gaspillage alimentaire est un autre axe de progrès. Les food trucks adoptent des pratiques vertueuses : menus courts mais tournants qui limitent les pertes, préparation à la commande plutôt qu'en avance, partenariats avec des applications anti-gaspillage comme Too Good To Go pour écouler les invendus en fin de service. Certains exploitants vont plus loin en proposant des menus saisonniers qui changent chaque mois, garantissant ainsi la fraîcheur des ingrédients et l'absence de stocks dormants.
Les emballages constituent un troisième levier d'action. Anticipant les interdictions programmées par la loi EGalim, les food trucks pionniers abandonnent dès 2018 les contenants en plastique au profit d'alternatives écoresponsables. Barquettes en carton kraft, couverts en bois de bouleau, serviettes en papier recyclé, sacs en amidon de maïs : le surcoût, estimé entre 15 et 25 % par rapport au plastique, est absorbé par un positionnement tarifaire légèrement supérieur ou par une communication valorisant cet engagement environnemental.
| Type d'emballage | Coût plastique (pour 1 000 unités) | Coût alternatif (pour 1 000 unités) | Surcoût |
|---|---|---|---|
| Barquettes | 30–40 € | 45–55 € | +40 % |
| Gobelets | 20–25 € | 30–40 € | +50 % |
| Couverts (lot de 3) | 15–20 € | 25–35 € | +60 % |
| Pailles | 5–8 € | 10–15 € | +80 % |
| Coût total estimé/mois | 150–200 € | 180–250 € | +20 % en moyenne |
Comparatif des coûts d'emballage : plastique vs alternatives écoresponsables
Panorama économique du food truck en 2018
Le modèle économique du food truck continue de se consolider en 2018. Un exploitant bien positionné peut désormais espérer un chiffre d'affaires quotidien moyen compris entre 800 et 1 500 euros, soit un CA mensuel de 16 000 à 30 000 euros pour 20 jours d'exploitation. La marge brute se situe généralement entre 65 et 75 %, un ratio supérieur à celui de la restauration traditionnelle, grâce à l'absence de loyer commercial et à des charges fixes réduites.
L'investissement initial reste compétitif par rapport à un restaurant en dur. En 2018, le budget de lancement d'un food truck se situe entre 40 000 et 100 000 euros selon le type de véhicule, le niveau d'aménagement et l'équipement de cuisine embarqué. Ce montant inclut l'acquisition du véhicule (neuf ou occasion), l'aménagement professionnel, l'équipement de cuisine, l'habillage graphique, les démarches administratives et une trésorerie de démarrage pour les trois premiers mois d'exploitation.
La rentabilité dépend de trois facteurs clés : la qualité de l'emplacement, le ticket moyen et le nombre de services par jour. Les food trucks les plus performants en 2018 sont ceux qui cumulent une activité régulière en semaine (quartiers de bureaux, marchés), une présence événementielle le week-end (festivals, mariages, séminaires) et des partenariats avec des entreprises pour la restauration des salariés.
Le modèle économique d'un food truck ne se limite pas à l'achat du véhicule. N'oubliez pas d'intégrer dans votre prévisionnel : les redevances d'emplacement (50 à 300 euros par mois selon la commune), l'assurance professionnelle (1 500 à 3 000 euros par an), le carburant et l'entretien du véhicule (200 à 400 euros par mois), les cotisations sociales et le renouvellement régulier du matériel de cuisine.
Questions fréquentes sur la loi EGalim et les food trucks
La loi EGalim s'applique-t-elle directement aux food trucks ?
Les obligations de 50 % de produits durables et 20 % de bio ciblent la restauration collective publique. Cependant, les food trucks intervenant dans des cantines d'entreprises publiques ou lors d'événements municipaux doivent s'y conformer. Les dispositions relatives aux plastiques à usage unique et au doggy bag concernent en revanche tous les restaurateurs, y compris les food trucks.
Quels emballages plastiques sont interdits depuis la loi EGalim ?
La loi EGalim a programmé l'interdiction progressive des contenants alimentaires en plastique à usage unique. Depuis le 1er janvier 2020, gobelets, verres et assiettes en plastique sont interdits. Depuis 2021, ce sont les pailles, couverts et touillettes. Les food trucks doivent utiliser des alternatives compostables ou réutilisables. Consultez le calendrier complet sur le site du ministère de la Transition écologique.
Combien de food trucks étaient en activité en France en 2018 ?
En 2018, la France comptait entre 1 200 et 1 500 food trucks en activité, un chiffre en croissance régulière depuis le début de la décennie. L'Île-de-France, la région lyonnaise et le littoral méditerranéen concentraient la plus forte densité d'opérateurs. Ce chiffre continuera de croître pour atteindre environ 2 000 unités en 2019.
Quel chiffre d'affaires quotidien peut espérer un food truck en 2018 ?
Un food truck bien positionné pouvait réaliser entre 800 et 1 500 euros de chiffre d'affaires quotidien en 2018. Les facteurs déterminants sont l'emplacement, le concept culinaire, le ticket moyen et la capacité à enchaîner plusieurs services (déjeuner et soir). Les exploitants combinant activité régulière et événementiel atteignaient les niveaux les plus élevés.
Comment la loi EGalim encourage-t-elle l'approvisionnement local ?
La loi EGalim valorise les produits sous signe de qualité — Label Rouge, AOC, AOP, IGP — et les produits issus de l'agriculture biologique. Pour les food trucks, s'approvisionner localement permet de répondre à ces exigences tout en construisant une identité culinaire forte. Les clients apprécient de connaître l'origine de leurs produits et les food trucks qui communiquent sur leurs fournisseurs locaux bénéficient d'un avantage concurrentiel significatif.
Ce qu'il faut retenir
L'année 2018 constitue une étape structurante pour le marché du food truck en France. La promulgation de la loi EGalim impose de nouvelles exigences en matière d'alimentation durable, de réduction des plastiques et de lutte contre le gaspillage alimentaire. Si ces obligations visent en premier lieu la restauration collective publique, elles dessinent un cadre qui irrigue progressivement l'ensemble de la filière, food trucks compris.
Au-delà de la réglementation, 2018 marque la professionnalisation accélérée du secteur : apparition des premières franchises, multiplication des formations spécialisées, montée en gamme du segment gastronomique et déploiement dans de nouveaux territoires (centres commerciaux, parcs d'activités). Avec 1 200 à 1 500 camions en activité et un chiffre d'affaires quotidien pouvant atteindre 1 500 euros, le food truck s'impose comme un modèle entrepreneurial solide et attractif.
Pour les entrepreneurs qui souhaitent se lancer ou développer leur activité de food truck, les leçons de 2018 sont claires : anticipez les évolutions réglementaires, investissez dans un véhicule aménagé aux normes, diversifiez vos emplacements et misez sur la qualité et la traçabilité de vos produits. Commencez par demander un devis personnalisé ou découvrir nos réalisations pour vous inspirer des projets que nous avons accompagnés.


